Septembre : gros craquage

Avec un titre pareil, sûr que je vais drainer du monde ! Nous voilà donc dans l’article « un mois une plante » de septembre 2020. Et ce mois-ci, après des mois sans visiter de jardineries/fêtes des plantes/bourses aux graines, j’ai craqué. J’ai commandé des graines sur le grand Internet. Plein de graines. Qui devraient donner des fleurs de toutes les couleurs (avec une dominante bleue) et des légumes de toutes les formes (avec une dominante ronde).

Plusieurs dizaines de petits sachets sont donc arrivés dans ma boîte aux lettres par un beau matin brumeux. Sur tous ces sachets, il n’y en a que quelques-uns dont le contenu est à planter en cette saison. Tout le reste, tomates en tête, attendra au moins février-mars. Ce qui m’amène à mon prochain craquage (la fille qui programme ses craquages) qui sera une serre à semis digne de ce nom. Parce que le saladier transparent retourné ne suffira plus, vu le nombre de semis que j’envisage de faire 🙂

Attention, prise de conscience droit devant !

En surfant sur le web à la recherche de mes précieuses (aka les graines si vous suivez bien), je découvre la notion de « semences libres et reproductibles ». Semences reproductibles ? C’est-à-dire ? Il y a donc des semences qui ne le sont pas ? Et de quelle liberté est-il question au fond ? Réponse : la liberté de manger sain et diversifié, ce qui est déjà pas mal, et en allant encore plus loin, la liberté des peuples à se nourrir et à se soigner de manière autonome. Rien que ça. Je sais, c’est brutal. Mais ça me paraissait important de vous le dire.

Je vais essayer de la faire brève, car c’est un domaine vaste et complexe, et d’autres que moi l’expliquent bien mieux (cf quelques sources en fin d’article). Mais en gros, voici la situation en Europe (je n’ai pas approfondi la réglementation pour le reste du monde, mais c’est dans la même veine).

En Europe donc, la vente et le don de semences pour un usage commercial ne sont autorisés que pour les variétés inscrites sur les catalogues officiels des espèces et variétés (ceux des pays ou le catalogue européen). Et pour figurer sur ces catalogues officiels, deux conditions. D’abord, payer l’inscription et le maintien. Ensuite, la variété que l’on souhaite inscrire doit satisfaire à un certain nombre d’exigences, qui ne sont pratiquement accessibles qu’à des variétés issues de croisements précis, déterminés et testés en laboratoire. Ce sont des variétés que l’on dit hybrides (F1, F2, etc.), vous avez peut-être déjà entendu ou lu ce terme. De telles variétés ont l’avantage de donner exactement les plantes annoncées sur le sachet de graines : si on parle de légumes par exemple, tous les légumes issus de ces graines auront la même forme, la même couleur, le même goût, la même résistance à telle ou telle maladie… tout du moins dans les conditions « standard » de sol et de climat pour lesquelles ces variétés ont été testées, et pour la première génération issue des graines seulement !

Vous voyez venir les inconvénients ?

Inconvénient n°1 : ces fameuses conditions standard ne sont sans doute pas exactement celles que les plantes vont rencontrer dans votre jardin ou dans votre champ, et il va probablement falloir les aider à pousser à plus ou moins grands coups de pesticides et d’engrais, du moins si vous souhaitez obtenir les résultats annoncés. Cela a un coût, non seulement pour votre porte-monnaie, mais aussi pour la santé des consommateurs et pour celle de votre sol, cette dernière impactant directement votre productivité future.

Inconvénient n°2 : la seconde génération, si vous essayez d’en produire une, n’a que très peu de chances de donner la même chose que la première. En effet et pour faire simple : les gènes des individus de la seconde génération proviennent d’une recombinaison de ceux de la première, et il y a peu de chances pour que l’expression de cette recombinaison donne exactement le même résultat que pour la première génération. Vous ne savez donc pas ce que vous allez obtenir en seconde génération : peut-être que la moitié des légumes de la seconde génération n’auront plus le goût délicieux qu’avaient tous les légumes de la première ? Vous allez donc racheter des graines plutôt que d’en produire vous-même. Les semences dites reproductibles, surtout les variétés anciennes, sont bien plus stables d’une génération à l’autre, parce qu’elles sont issues d’une sélection faite génération après génération, pas d’une sorte de « one shot » en laboratoire. Mais sur une génération donnée, leur variabilité est généralement trop grande pour satisfaire aux conditions d’entrée aux fameux catalogues officiels.

Et en plus de tout cela, je ne développe pas ici mais sachez que les droits de la propriété intellectuelle peuvent s’appliquer dans le domaine végétal, sous forme de brevets ou de certificats d’obtention végétale. Si par certains côtés, cela peut se comprendre (toute peine mérite salaire, et créer une nouvelle variété ne se fait tout de même pas sans peine), la filière semences s’en trouve encore complexifiée et verrouillée.

Et du coup ?

Bah du coup, on produit et on mange toujours les mêmes légumes et les mêmes fleurs, dont on rachète les graines année après année, et qui ont souvent besoin d’un coup de pouce chimique pour donner vraiment.

Et pour les agriculteurs, la question prend encore une autre dimension, puisqu’on parle quand même de ceux qui nourrissent le monde. Et qui se retrouvent pour la plus grande majorité coincés dans un système qui les rend toujours plus dépendants des producteurs de semences et des intrants chimiques, et qui n’est pas forcément favorable à la biodiversité.

Le choix final

Alors, finalement, j’ai choisi des semences libres. Au départ, c’était juste parce que je voulais des légumes un peu différents de ceux qu’on trouve sur les étals. Mais si ça peut aider à faire progresser l’opinion et le système agricole vers un monde plus résilient, tant mieux. Et puis, dans mon jardin, je n’ai pas d’objectif de productivité à court terme comme peuvent l’avoir les agriculteurs, ce choix en a été d’autant plus « facile » à faire.

Je sais qu’à la base, vous veniez pour voir la plante du mois et pas pour assister à une prise de conscience mâtinée léger coup de gueule, alors je vous propose de finir en douceur avec quelques images d’une plante médicinale bien connue : la lavande.

A bientôt !

Sources

Réseau Semences Paysannes. « Commercialisation des semences et plants», site du Réseau Semences Paysannes, dernière relecture juin 2020 [En ligne], https://www.semencespaysannes.org/semons-nos-droits/commercialisation-des-semences-et-plants.html [consulté le 11 octobre 2020]

« Produire ses graines et semences : que dit la loi ? », Binette et Jardin, blog du monde.fr, [En ligne], https://jardinage.lemonde.fr/dossier-1275-produire-graines-semences-loi.html [consulté le 11 octobre 2020]

Els De Geest. « Vive les semences libres ! », ecoconso.be, 15 mars 2013 [En ligne], https://www.ecoconso.be/Vive-les-semences-libres [consulté le 11 octobre 2020]

Delphine. « De la génétique des semences et des générations F1 non reproductibles », site de la Ferme du hanneton, 18 mai 2014 [En ligne], https://la-ferme-du-hanneton.net/de-la-genetique-des-semences-et-des-generations-f1-non-reproductibles [consulté le 11 octobre 2020]

« Jardiniers amateurs et professionnels : quelle est la législation à propos des semences ? », site du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, 24 mai 2019 [En ligne], https://agriculture.gouv.fr/jardiniers-amateurs-et-professionnels-quelle-est-la-legislation-propos-des-semences [consulté le 11 octobre 2020]

« Hybrides F1, OGM : explications », site de La Bonne Graine, [En ligne], https://www.labonnegraine.com/content/50hybrides-ogm [consulté le 11 octobre 2020]

Et comme rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, je vous invite à vous faire votre propre opinion en surfant aussi sur le site du GNIS (Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants) :

« Questions / Réponses sur le GNIS et la filière semences », site du GNIS, [En ligne], https://www.gnis.fr/questions-reponses-gnis-filiere-semences/ [consulté le 17 octobre 2020]

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