Mon zéro déchet à l’épreuve de la crise sanitaire

J’ai un peu de mal à écrire sur mon quotidien en ce moment, parce que je trouve que je manque beaucoup trop de recul pour le faire. Comment mes écrits « à chaud » résonneront-ils dans une semaine, un mois, un an ? Voilà pourquoi je ne me sens pas forcément légitime à écrire spécifiquement sur la situation, en tout cas publiquement.

Cependant, plusieurs de mes proches m’ont posé en substance cette question : comment ça va le zéro déchet en ce moment ? Alors je me dis que ma réponse peut en intéresser certains. Ce qui suit n’est que le reflet de mon vécu et en rien une généralité.

Commençons par les « faiblesses » de ce mode de vie dans la situation actuelle (=crise sanitaire et confinement, avec télétravail pour ma part).
Les courses, d’abord. Je détaillerai peut-être cela dans un article à venir, mais mes courses se déroulent habituellement en ville, où je vais à pied du marché jusqu’à l’épicerie en vrac en passant par la fromagerie, la boulangerie et parfois la chocolaterie ou la poissonnerie. Tous ces commerçants remplissent mes sacs ou mes bocaux, c’est devenu une habitude. Je passe aussi au supermarché, pour ce que je ne trouve pas ainsi, comme la sauce tomate ou le papier toilette. Or, clairement, en ce moment, il n’est pas question de sortir ainsi de magasin en magasin, et puis les marchés sont fermés. Je ne suis même pas certaine que les commerçants accepteraient de prendre mes contenants pour les remplir. Après réflexion, nous avons choisi d’aller chercher nos provisions en un seul et même endroit. La solution la plus proche de chez nous et nécessitant le moins de contacts possible, c’est le drive d’un grand supermarché à 5 minutes en voiture. Nous sommes heureux d’avoir eu cette possibilité et vraiment reconnaissants envers toutes les personnes qui travaillent pour la permettre. Evidemment, même si j’essaie de sélectionner des produits en bocaux de verre ou en conserve, ce mode d’approvisionnement ne permet pas le zéro déchet. A première vue, la poubelle se remplit trois fois plus vite que d’habitude (et le compost, lui, reste sur sa faim).
Une autre « faiblesse », liée à la précédente, c’est le fait d’avoir peu de stock. Pour vivre zéro déchet, il n’y a pas de secret, il faut beaucoup cuisiner soi-même, à partir de produits frais. Par conséquent, l’approvisionnement se fait habituellement en « flux tendu » : aussitôt acheté, aussitôt préparé, aussitôt consommé, ou presque. Nous devrions peut-être penser à congeler ou apprendre à mettre en conserve. Toujours est-il que lorsqu’il a fallu commander notre premier drive de confinement, le délai étant de quasiment une semaine, nous n’avons pas eu le choix : il a fallu se rendre une fois en magasin avant le drive, nous n’avions pas assez de stock pour tenir ce délai. Je ne vous cache pas que j’étais très tendue avant, pendant et après cette sortie, j’aimerais autant ne pas avoir à la renouveler. Aussi, nous avons adapté notre façon de planifier les repas et nous commandons à présent en prenant ce délai en compte.
Enfin, dernière « faiblesse » : nous n’avons pas à la maison tout ce qui semble utile, ou en tout cas tout ce qui rassure en ce moment en matière d’hygiène : pas de produit ménager désinfectant, pas de gants jetables, pas de lingettes imbibées, pas de masque, et même pas de mouchoirs en papier. Tout au plus un mini flacon de gel hydroalcoolique ayant dépassé sa date d’utilisation optimale. Nous avons du vinaigre, du savon de Marseille, du bicarbonate de soude, voilà pour les produits nettoyants. Ca rassure moins qu’un décapant désinfectant, il faut avouer. Pour nous moucher nous utilisons habituellement des mouchoirs en tissu, mais pour respecter le plus strictement possible les gestes barrières, nous nous permettons à présent, en cas de goutte au nez, d’utiliser le papier toilette et de le jeter ensuite à la poubelle, ce n’est pas très pratique mais ça fait le job, tant qu’on n’a pas un gros rhume.

Mes bocaux qui espèrent bientôt servir à nouveau pour des courses zéro déchet

Passons aux « forces » à présent, car il y en a !
La première des « forces » que nous donne notre mode de vie dans la situation actuelle, c’est la capacité d’adaptation, en particulier pour ce qui concerne l’alimentation. Par exemple, on ne trouve pas du tout de pain sur notre drive (même grillé, même en biscotte, même brioché, niet, nada). Sans le zéro déchet, je l’avoue franchement, je n’aurais même pas eu l’idée d’en faire moi-même. Là, non seulement j’ai eu l’idée, mais en plus je n’ai pas douté de ma capacité à réussir. Même quand je me suis aperçue que nous n’avions pas de levure de boulangerie (et qu’on n’en trouve pas sur le drive, niet, nada). Même quand la farine de blé a disparu du drive (niet, nada) : pendant plusieurs jours nous avons donc déjeuné au soda bread-sarrazin. Le zéro déchet m’a permis aussi de développer une certaine créativité dans la cuisine, qui est une force dans la situation actuelle dans la mesure où j’arrive à exploiter jusqu’au moindre reste, nous permettant de tenir le plus longtemps possible entre deux drive.
Une autre force que je citerais, c’est le fait que notre mode de vie induit un besoin assez faible en consommables. Nous n’avons pas de problème pour nous approvisionner en éponges, papier absorbant, disques de coton, papier cuisson, lingettes…tout simplement parce que nous n’en consommons plus. Nous les avons remplacés par des solutions plus durables (lavettes en tissu pour les éponges par exemple).
Enfin, la dernière « force » que nous donne notre mode de vie dans la situation actuelle concerne le mental. Dans la mesure où nous préférons « être » à « avoir », pour reprendre les mots de Béa Johnson, papesse du zéro déchet, nous ne ressentons pas vraiment de frustration à l’idée de ne pas pouvoir nous livrer au « shopping-loisir ». La fermeture des magasins autres que ceux de première nécessité nous affecte assez peu. J’espère en disant cela que la machine à laver ou le PC ne vont pas nous lâcher, ou que nous n’aurons pas besoin de réparer urgemment quelque chose dans la maison, bien sûr. En tout cas, je me passe de nouveaux vêtements, objets de déco, jeux ou livres, sans me sentir lésée. Il y a même des moments où je me sens carrément soulagée : pas de tentation de faire entrer de nouveaux objets dans ma maison !

Les dernières lignes du livre de Béa Johnson, Zéro Déchet

Je pensais vous parler zéro déchet sur le blog, mais je ne pensais pas que j’aborderais le sujet sous cet angle. Voilà qui est plutôt original on va dire. J’espère retrouver vite mes habitudes et mes bons produits bruts et locaux. Je pense même que je vais renforcer mes efforts, notamment sur l’aspect « réduire » : réduire ma consommation et réduire mes possessions matérielles. J’ai encore beaucoup de chemin à parcourir, mais la planète en a besoin, maintenant. Prêts à me suivre dans ces nouvelles aventures ?

A bientôt, portez-vous bien.

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